M'écrire encore

Tout enrober

Il y a quelques mois, quelques années, j’aurais sans doute déjà écrit des lignes et des lignes depuis trois jours...
Il y a trois jours, ma grand-mère est morte. Voilà. Je n’enrobe pas. Je n’ai pas la force, plus la force de tout enrober, là, ce soir, hier, aujourd’hui, demain… Je n’enrobe pas…

Ma plus grande tristesse, c’est de ne pas être vraiment triste… C’est vrai… J’ai déjà écrit sur elle… Sur ce que je ne sais pas d’elle, sur ce que j’aurais voulu savoir, sur ce qu’elle ne m’a pas apporté, sur ce que j’aurais voulu qu’elle m’apporte… Et lorsque j’ai appris son décès… Je suis restée… De glace… Et ça, CA, ça me blesse vraiment…

Dans la vraie vie, la petite fille qui perd sa grand-mère, elle est sensée s’effondrer, non ? ! Dans la vraie vie, la petite fille aurait été submergée de milliers de souvenirs heureux, elle aurait vu défiler toutes les étapes de sa vie dans les yeux de sa grand-mère, non ?

Dans ma vie à moi… J’ai surtout vu une image… L’image d’un espoir auquel je ne crois plus depuis longtemps, mais surtout L’image représentative de la relation que j’aurais voulu vivre…

Comme une vieille photo, figée dans les méandres de ma mémoire, j’ai vu, revu et rerevu l’image de la petite fille de 10 ans que j’étais alors assise sur les genoux de sa grand-mère revenue fêter ses 60 ans en Belgique. Parce qu’elle vivait ailleurs, ma grand-mère. Durant les 17 premières années de ma vie, elle vivait une vie apaisée sur une petite île espagnole.

Ce souvenir-là, il compte beaucoup parce qu’à lui seul, il représente le lien qui nous unissait. L’amour que j’ai déployé pour elle. C’était ce jour-là…

Le reste… Le reste est long, large, compliqué, répété encore et encore (dans d’autres journaux)... Et finalement, même si les mots peuvent le représenter, le reste est inexistant…

Je ne lui en veux pas. Je l’aime avec mon cœur d’enfant de 10 ans. Je l’aime dans un souvenir figé. J’aime la mamy de ce jour-là. Je ne sais rien de la mamy d’il y a trois jours… Rien ou si peu… Je sais des choses que je pourrais m’épuiser à lui reprocher, mais à quoi bon ? Que ce fût il y a cinq jours ou aujourd’hui, à quoi bon ?

Voilà… Il y a quelques mois, quelques années, j’aurais écrit un pavé énorme… Aujourd’hui, je n’y arrive pas…

Bien à Vous.

Moi.